Si vous aimez rester dans l’action, que cette dernière vous rassure et vous donne un sentiment d’être vivant, utile, de faire bouger les choses, alors vous allez peut être avoir du mal à vous mettre aux pratiques de la méditation classique, de pleine conscience. Celles-ci risquent d’avoir un effet de perte de temps, voir de culpabilisation.
J’ai eu cette prise de conscience en échangeant avec ma mère, quand après plusieurs relances de ma part pour lui faire vivre une séance de méditation, elle m’a répliqué, d’un air un peu agacée : “Laisse-moi, je médite aussi très bien en repassant”.
Même si j’étais déçue d’un refus supplémentaire de sa part, alors que j’avais l’impression d’avoir choisi le bon timing, la bonne intonation, je me suis dit : “Elle a raison, pourquoi devrait-on stopper toute action pour méditer ? Cela peut se faire par étapes”.
Je me suis vue alors en train de conduire la voiture, je me suis rappelée à quel point cela me détendait, ou en train de cuisiner : quel plaisir de l’intérieur je pouvais ressentir à ce moment là, ou encore en train de danser : ce sentiment de temps suspendu, comme sur une photo, mais avec mouvement. Ce qu’on sait faire au point que les muscles s’en rappellent, nous procure un sentiment de bien-être, nous rassure.
Sauf que dans la réalité, une fois passé ces premiers instants ++, on fait vite de reprendre ses vieilles habitudes : en conduisant cela me détend oui, à tel point qu’avec la musique de la radio je commence à créer des chorégraphies dans ma tête, à voir des personnes danser sur scène…et parfois le mouvement passe de la tête au volant, et là, heureusement que j’ai l’image de mon ancien moniteur auto qui me dit sans rigoler : “Attention, conduire est une activité en soi !” Oui, Monsieur, tout comme ranger, cuisiner ou repasser…tout ceci exige notre présence.
Ma soeur styliste m’a toujours dit que son travail était aussi sa thérapie, car il lui permettait de se mettre dans un état de pleine conscience. Hors, il suffit que pendant sa création une chose la préoccupe, le vêtement sera raté, comme s’il montrait dans quel état d’esprit était son créateur.
Si vous avez pour habitude de cuisiner une recette que vous connaissez pourtant, avez-vous remarqué comment vos pensées se traduisent dans son succès ? Par exemple, si en cuisinant un gâteau je commence à me dire “J’ai vraiment pas le temps, je ne vais jamais arriver à le faire !” ou si je commence en même temps à ressasser la conversation désagréable que je viens juste d’avoir au téléphone, paf ! Les gestes traduisent les pensées : voilà le sachet de farine renversé par terre, trop de lait dans mon bol et j’ai oublié le sucre… Autant tout recommencer, la tête vide !
Le problème, dans tous ces cas de figure, c’est qu’on est bien trop gourmand, notre cerveau n’aime pas le vide, il a comme besoin de se remplir des choses le plus souvent nocives, parce qu’il a l’impression de contrôler ce qui va lui arriver s’il s’inquiète, stresse. Alors, quand le corps est dans l’action quasi automatique, il se surcharge, au lieu d’en profiter pour se restaurer.
A ces moments-là, nous adoptons un peu malgré nous, un état de conscience modifiée ou de transe hypnotique : je fais les choses automatiquement (tout comme respirer, digérer), sans avoir besoin de mettre le focus sur chaque petite évolution, tellement le mouvement est continu. Je sais que je peux faire confiance à cette partie de moi qui fait ceci, le corps s’en souvient, alors je peux penser à autre chose en même temps : planifier la journée de demain, faire ma liste de courses, etc.
Et bien pour rendre ces moments encore plus efficaces et en profiter pour libérer votre charge mentale, je vous propose un exercice qui ne va rien changer à vos habitudes, ou presque 😊 :
La prochaine fois que vous êtes dans une activité devenue pour vous banale, que vous maîtrisez et dans laquelle vous n’avez pas besoin de mettre toute votre attention, comme ranger, repasser, jardiner, cuisiner…
1. Commencez par vous féliciter, car même si devenues “normales”, ces activités ne sont pas facilement exécutables par tout le monde et si vous le faites avec une énergie plutôt basse et calme, c’est que vous en êtes un expert !
2. Ensuite, remarquez votre état d’esprit lorsque vous êtes dedans : vous devez sûrement être assez détendu, dans votre zone de confort…Restez dans cet état autant que vous le pouvez, votre corps est dans le présent car il exécute les choses ici et maintenant, invitez votre tête à faire de même, sans vous charger d’autres pensées et inquiétudes. Réalisez, geste par geste, tout ce que vous êtes en train de faire, comme si vous dérouliez un film ou une chorégraphie. Savourez à quel point les choses se font d’elles mêmes quand vous êtes serein et confiant.
3. Observez vos sensations dans le corps en faisant un scan corporel rapide : comment se traduit ce confort, cette détente ? Peut être que vos épaules descendent légèrement, votre nuque s’assouplit, votre ventre se ramollit ? Autre chose ?…
4. Si une pensée arrive, remarquez de suite ce qu’elle change dans vos sensations corporelles par rapport au point 3. Si c’est plutôt positif, que cela vous fait sourire ou rêver et que cela n’empêche en rien ce que vous faites, gardez-la. Par contre, si vous froncez les sourcils et que vous observez des tensions dans le corps, celui ci se raidit et vos gestes commencent à être plus brusques, tranchants…choisissez de ne pas alimenter cette pensée : “je t’ai entendue, mais je ne souhaite pas te nourrir”.
Vous l’aurez compris, l’idée est donc de profiter de ces instants un peu creux pour votre tête, quand elle n’a pas besoin de guider le corps, pour justement la vider encore plus et la reposer, regénérer votre énergie, même si vous êtes en pleine activité. Vos soucis, vos inquiétudes, vos projets qui vous tiennent à coeur, vous ne leur fermez pas la porte, vous les écartez seulement le temps de cette méditation en action, mais vous pourrez y retourner à un autre moment, puisqu’ils ont aussi un rôle, vous leur consacrerez un temps dédié.
La méditation vous apprend ceci : comment choisir vos pensées, choisir de se sentir bien, être présent dans vos actions, sortir de l’autopilote. Développer cette aptitude à vous observer en position méta pour pouvoir trier, pour tout simplement prendre la main sur votre vie.
Si vous avez réussi cet exercice, alors j’ai une bonne nouvelle pour vous, chers actifs : vous savez méditer 😊. Car vous avez compris que vous êtes bien plus, que ce qui vous passe par la tête, et l’action est votre meilleure allié si vous y mettez de la #présence.
Alors, quelles sont les activités sur lesquelles vous allez pouvoir tenter cette méditation active ?
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