Plus jeune et hypersensible, j’étais “abonnée” au trac.
Un trac phénoménal, celui qui vous met dans un état d’éveil reptilien à l’extrême, qui vous donne l’impression que chaque seconde dure une éternité et que forcément et sans aucun doute, le monde autour est à se braquer sur VOUS, et seulement vous, puisqu’ils attendent avec sarcasme que vous défiez leur moindre moquerie, que vous montriez enfin de quoi vous êtes capable, tout en sachant que devant leur jugement cruel vous avez pour sort…de perdre. Tétanisant !
C’était le cas lors des prises de parole en public, mais aussi lors des compétitions de danse sportive : ces premières secondes interminables sur la piste, avant le début d’un ’round’, je me sentais comme une biche jetée dans le Colisée, entourée de félins enragés, prêts à me piétiner, pour ne pas dire “dévorer”…en attendant que la musique démarre, et mon coeur battant tellement fort que j’entendais à peine le rythme de celle-ci une fois commencée, je n’avais qu’une stratégie qui tenait la route : afficher un sourire de scène, me mettre dans un état d’auto hypnose pour m’anesthésier de ce calvaire, et qu’on en finisse !!!
Puis, seulement 2 minutes plus tard je revenais à la réalité factuelle et bien plus normale, mais déjà tellement épuisée par ces états d’âme “saut en parachute”.
Jusqu’au jour où mon partenaire et moi avons un peu traîné entre 2 passages et étions bien en retard dans nos changements de tenues. Je me suis alors précipitée à enfiler ma robe et mes chaussures et à courir en toute vitesse sur la piste, lui resté derrière…Ces quelques secondes seule dans le Colisée m’ont mise alors dans une autre optique : les attentes n’étaient plus pour moi, mais pour lui, le coupable qui faisait attendre tout le monde : le public, les juges, les autres couples qui avaient du mal à rester en place, eux aussi nerveux. Il devenait alors à mes yeux le bourreau à qui on couperait la tête (bizarre, je sais), et moi j’étais épargnée, cette fois ci…
Et puis le voilà qui entre enfin en piste, sous les yeux de tout le monde (factuellement cette fois), éparpillé, d’un air désinvolte, le pantalon a moitié enfilé, la braguette ouverte…la TOTALE…!
L’animateur n’a pas pu s’empêcher de lancer une blague au micro qui n’a pas volé très haut, le public s’est mis à rire, applaudir ou huer je ne sais plus…en tout cas, à ce moment précis, mon cerveau reptilien a été stupéfait : non seulement mon partenaire n’a pas été décapité, ni brûlé sur le bûcher, mais en plus il a détendu l’atmosphère pendant 1 bonne minute, en amenant quelques centaines de personnes quelque part ailleurs, il a déplacé l’attention ! Et nous avons ensuite démarré les 5 danses, avec une énergie différente, cela respirait…
Je me souviens à cet instant une nouvelle croyance traverser mon corps :
Je peux donc rire et être légère, même si j’étais tétanisée à l’instant, de plus je reste à la hauteur dans ma danse, avec une énergie plus fluide : être stressée avant une performance n’est donc pas une obligation, j’ai du pouvoir sur mon trac ! J’ai vite calculé intuitivement de quels critères j’aurais besoin pour que cela puisse se faire, et j’ai compris que j’avais besoin d’embarquer avec moi tout le monde, sentir la solidarité collective, comme dans la démo que je venais de vivre.
Alors depuis, à chaque fois que j’ai ressenti à nouveau un trac paralysant arriver lors d’une réunion d’équipe, une conférence, un cours de danse ou tout autre moment un peu trop formel au premier abord, j’ai fait en sorte d’apporter un peu de légèreté : un geste différent, une phrase un peu décalée, une petite blague qui fait sourire et dédramatiser…en somme, un pas de côté !
C’est devenu ma manière d’apprivoiser ce petit lézard en moi, qui a encore parfois peur de l’inconnu et cherche à fuir en premier réflexe, mais aussi de protéger les autres personnes du bûcher, sait-on jamais ! ;))
En tout cas, à chaque fois et sans exception cela détend l’atmosphère en une seconde, et moi avec : de quoi démarrer avec un sentiment de plaisir, certes un peu agité, mais en conscience et en confiance. Pas question de s’en priver, même pendant les quelques secondes du début !
Cette histoire vous parle-t-elle ? Avez vous aussi des situations où vous avez pu transformer un état intérieur, en modélisant la stratégie d’une autre personne ?
